La fin du questionnaire de santé pour l’assurance emprunteur, vraiment ?

En bref

Suppression partielle, pas totale, sous 2 conditions cumulatives strictes

  • Dispense réservée aux prêts immobiliers inférieurs à 200 000 € par assuré remboursés avant 60 ans
  • Droit à l’oubli réduit à 5 ans pour cancers et hépatite C depuis la loi Lemoine
  • Exclusions de garantie et enquêtes post-sinistre subsistent malgré la dispense
Lecture · 11 min

La loi Lemoine suppression questionnaire de santé ne s’applique pas à tous les emprunteurs. Depuis le 1er juin 2022, la loi du 28 février 2022 supprime l’obligation de remplir un questionnaire médical uniquement pour les prêts immobiliers à usage d’habitation dont la part assurée reste inférieure à 200 000 € par personne et dont le remboursement s’achève avant le 60e anniversaire de l’assuré. Au-delà de ces seuils, le questionnaire de santé reste intégralement obligatoire. La réforme est réelle, significative pour certains profils, mais largement surestimée dans le discours commercial des banques.

La loi Lemoine redéfinit l’accès à l’assurance emprunteur, au-delà du simple questionnaire

Pourquoi cette réforme marque une rupture avec le modèle ancien ?

Avant 2022, tout emprunteur souscrivant une assurance de prêt immobilier remplissait systématiquement un questionnaire de santé complet. L’assureur évaluait ainsi le risque médical, fixait les garanties et décidait des exclusions ou surprimes. Ce modèle excluait de fait des milliers d’emprunteurs présentant des antécédents médicaux, même anciens et sans rapport direct avec le risque de décès ou d’invalidité.

La rupture portée par la loi Lemoine est double. L’obligation de déclarer son état de santé disparaît pour une fraction des dossiers. Les assureurs ne peuvent plus collecter ces données ni demander d’examen médical dans le périmètre couvert. Notre lecture des faits est claire : cette réforme protège d’abord les petits emprunteurs jeunes, pas les profils les plus exposés aux difficultés d’assurabilité.

Les 3 piliers souvent mal compris de la loi Lemoine

La loi repose sur 3 dispositions distinctes que les communications bancaires fusionnent abusivement. Cette confusion crée des obstacles réels lors de l’ouverture d’un compte sans justificatif.

  • Suppression du questionnaire de santé pour les prêts éligibles selon les 2 seuils cumulatifs
  • Droit à l’oubli réduit à 5 ans pour les personnes guéries d’un cancer ou de l’hépatite C
  • Résiliation à tout moment sans attendre l’échéance annuelle du contrat d’assurance emprunteur

À retenir

Ces 3 mesures sont indépendantes. Un emprunteur peut bénéficier de la résiliation libre sans être concerné par la dispense de questionnaire médical.

Quand exactement le questionnaire de santé disparaît-il ? Les seuils et conditions réelles ?

Prêts immobiliers jusqu’à 200 000 € par assuré, la zone de dispense généralisée

Le seuil de 200 000 € s’applique par assuré et non par prêt. Un couple qui emprunte 400 000 € avec une quotité de 50 % chacun bénéficie de la dispense puisque la part assurée de chaque co-emprunteur atteint exactement 200 000 €. En revanche, si l’un des deux emprunteurs porte une quotité de 100 %, sa part assurée atteint 400 000 € et le questionnaire de santé redevient obligatoire pour lui. En revanche, si l’un des co-emprunteurs dépasse cette limite, il devra constituer une réserve d’argent supplément

Beaucoup de courtiers avancent un seuil de 320 000 €. Ce chiffre correspond à un couple avec quotité 50/50 sur un emprunt de 400 000 €, chacun sous le seuil. Il ne s’agit pas d’un plafond officiel inscrit dans la loi, mais d’un cas de figure courant. La loi fixe 200 000 € par assuré, sans exception.

200 000 €

Plafond de la part assurée par personne pour bénéficier de la dispense de questionnaire

Emprunteurs de plus de 60 ans, une dérogation méconnue

Le second critère exige que le contrat d’assurance emprunteur se termine avant le 60e anniversaire de l’assuré. Un emprunteur qui souscrit à 55 ans un prêt sur 10 ans voit l’échéance tomber à 65 ans. La dispense ne s’applique pas, même si le montant reste inférieur à 200 000 €. Les 2 conditions sont cumulatives, pas alternatives.

Cette limite exclut mécaniquement les seniors du bénéfice de la réforme. Or les profils de 55 à 65 ans représentent une part significative des renégociations de crédits immobiliers. Nous estimons que c’est précisément là que la réforme montre ses limites les plus concrètes.

Prêts professionnels et crédits à la consommation, des réalités différentes

La loi Lemoine ne couvre que les prêts immobiliers à usage d’habitation. Les crédits professionnels, les prêts destinés à l’investissement locatif pur et les crédits à la consommation restent soumis aux règles antérieures. Le Crédit Mutuel a annoncé en novembre 2025 la suppression du questionnaire de santé pour certains crédits professionnels, mais il s’agit d’une initiative volontaire de l’établissement, pas d’une obligation légale issue de la loi Lemoine.

Illustration, loi lemoine suppression questionnaire de santé
Photo : www.kaboompics.com / Pexels

Les exclusions de garantie, ce que la loi Lemoine n’a pas supprimé

Pourquoi certaines maladies restent refusées malgré la disparition du questionnaire ?

La suppression du questionnaire médical ne supprime pas les exclusions de garantie standards inscrites dans les contrats d’assurance emprunteur. Un contrat sans questionnaire exclut toujours les maladies psychiatriques, le dos, les affections préexistantes non déclarées et, souvent, les pathologies liées à certains comportements. L’assureur ne demande rien à la souscription, mais la police d’assurance reste truffée de clauses restrictives.

⚠️

Attention

Un emprunteur dispensé de questionnaire de santé n’est pas pour autant couvert sans restriction. Les exclusions contractuelles standards subsistent intégralement dans les conditions générales du contrat.

Le rôle caché des questionnaires réduits et des enquêtes post-sinistre

La loi interdit de demander des données de santé à la souscription dans le périmètre éligible. Elle n’interdit pas aux assureurs de mener une enquête après déclaration de sinistre. En cas de décès ou d’invalidité, l’assureur analyse le dossier médical du défunt ou de l’assuré invalide. Si une pathologie préexistante ressort et correspond à une exclusion contractuelle, le refus d’indemnisation reste légal. Cependant, les revenus professionnels déclarés doivent être justifiés par des documents comptables complets.

Ce mécanisme est peu documenté dans les communications officielles. Les professionnels du secteur le savent. Les emprunteurs, rarement.

Déclaration inexacte de santé, faux ami de la liberté déclarée

Certains emprunteurs encore soumis au questionnaire de santé pensent pouvoir mentir librement depuis 2022. C’est une erreur grave. Toute fausse déclaration intentionnelle dans un questionnaire médical engage la nullité du contrat d’assurance selon l’article L113-8 du Code des assurances. Si le sinistre survient et que l’assureur prouve la mauvaise foi, il refuse la prise en charge et conserve les primes versées.

Droit à l’oubli, la limite des 5 ans qui change tout pour les malades chroniques

Comment les 5 années se calculent réellement et leurs pièges ?

Le droit à l’oubli s’applique aux personnes ayant été atteintes d’un cancer ou de l’hépatite C et dont le protocole thérapeutique s’est terminé depuis au moins 5 ans sans rechute. Le délai part de la fin du traitement, pas du diagnostic. Un patient traité de 2019 à 2021 n’entre dans le droit à l’oubli qu’en 2026. La nuance est importante pour ne pas mal calculer son éligibilité.

Cancers, maladies cardiovasculaires, ce qu’on peut vraiment oublier

Le droit à l’oubli couvre aujourd’hui les cancers et l’hépatite C. Les maladies cardiovasculaires, le diabète, la sclérose en plaques ou l’insuffisance rénale chronique n’y entrent pas. Ces pathologies restent à déclarer dans le questionnaire médical standard et peuvent donner lieu à une surprime ou une exclusion de garantie, via la convention AERAS pour les risques aggravés.

Avantages

  • Droit à l’oubli effectif après 5 ans sans rechute
  • Non-déclaration légale du cancer ou de l’hépatite C guérie
  • Égalité d’accès au crédit pour les anciens malades

Inconvénients

  • Périmètre limité aux cancers et hépatite C uniquement
  • Délai de 5 ans parfois mal calculé par les emprunteurs
  • Maladies chroniques exclues du dispositif

Les maladies qui ne bénéficient pas du droit à l’oubli

La convention AERAS prend le relais pour les pathologies exclues du droit à l’oubli. Elle fixe un cadre de négociation entre assureurs et emprunteurs présentant des antécédents médicaux graves. Le Fonds de Solidarité et d’Innovation de l’AERAS intervient en dernier recours quand les assureurs refusent toute couverture. Ce filet de sécurité reste peu connu et sous-utilisé.

Illustration, loi lemoine suppression questionnaire de santé
Photo : Mikhail Nilov / Pexels

Résiliation à tout moment et changement d’assureur, la vraie liberté retrouvée

La résiliation sans justification, comment l’exercer et quand

Depuis le 1er juin 2022, tout emprunteur résilie son contrat d’assurance de prêt à n’importe quelle date, sans attendre l’échéance annuelle. La demande s’adresse à l’assureur actuel avec un préavis de 10 jours. La banque prêteuse dispose de 10 jours ouvrés pour accepter ou refuser le contrat de substitution. Le refus n’est légal que si le nouveau contrat ne présente pas un niveau de garanties au moins équivalent à celui exigé par la banque, selon la fiche standardisée d’information. pour autant que le changement d’assurance n’affecte pas les conditions du prêt immobilier.

Comparaison tarifaire réelle, les assureurs lissent les prix

La suppression du questionnaire médical ne se traduit pas mécaniquement par une baisse des primes. Les assureurs mutualisant le risque sur l’ensemble du portefeuille fixent des tarifs qui intègrent les profils dispensés. Un emprunteur jeune et en bonne santé paie parfois plus cher dans un contrat sans questionnaire qu’avec un contrat individuel où son bon profil lui aurait valu une prime réduite.

💡

Bon à savoir

Avant de souscrire un contrat sans questionnaire de santé, comparez le taux annuel effectif de l’assurance avec au moins 2 offres alternatives. La dispense ne garantit pas le meilleur tarif.

Transferts entre contrats, délais, doubles garanties et pièges administratifs

Lors d’un changement d’assureur, l’emprunteur ne doit jamais résilier son ancien contrat avant la validation du nouveau. Un délai de carence existe dans certains contrats alternatifs. La banque dispose du droit de refus si l’équivalence de garanties n’est pas démontrée via le document IPID et la fiche standardisée. Un refus abusif s’expose à une sanction de 3 000 € d’amende par la banque. n’est pas satisfaite, comme le révèlent les conditions du simulateur de la Banque Postale.

Illustration, loi lemoine suppression questionnaire de santé
Photo : Laura James / Pexels

Questionnaires simplifiés et évaluation de risque par algorithme, la nouvelle frontière

Du questionnaire médical complet au questionnaire comportemental

La disparition du questionnaire médical dans le périmètre éligible n’a pas réduit l’appétit des assureurs pour la connaissance du risque. Une question subsiste dans quasiment tous les contrats sans questionnaire de santé complet. La déclaration relative au tabagisme reste obligatoire. Un fumeur paie une surprime même dans un dossier dispensé de questionnaire médical détaillé.

Comment les assureurs contournent la suppression légalement ?

Certains assureurs développent des modèles de scoring basés sur des données comportementales et socio-démographiques. L’âge, la profession, le lieu de résidence, la durée du prêt et la structure du ménage alimentent ces algorithmes d’évaluation du risque. Ces pratiques restent légales à condition de ne pas constituer une discrimination prohibée. À notre sens, le débat sur la collecte de données alternatives au questionnaire médical n’a pas encore trouvé de cadre réglementaire stable.

Données de style de vie et nouveaux critères de sélection

Le marché évolue vers une tarification affinée sans données de santé déclarées. L’information gain ici est réelle : les assureurs ne renoncent pas à évaluer le risque, ils changent de méthode. L’emprunteur croit échapper à la sélection médicale. Il entre en réalité dans une sélection comportementale et statistique moins visible mais tout aussi structurée.

Cas limites où la loi Lemoine s’applique partiellement ou pas du tout

Prêts entre particuliers et prêts non bancaires

La loi Lemoine ne s’applique qu’aux prêts immobiliers souscrits auprès d’établissements bancaires ou de crédit réglementés. Un prêt entre particuliers formalisé par acte notarié n’entre pas dans le périmètre. L’assurance emprunteur associée reste libre de ses conditions de souscription, y compris le questionnaire médical.

Garanties complémentaires et couvertures optionnelles

La dispense de questionnaire porte sur les garanties socles de l’assurance emprunteur, décès et perte totale et irréversible d’autonomie. Les garanties optionnelles comme l’invalidité permanente partielle ou la perte d’emploi restent soumises à leurs propres conditions de souscription et d’éligibilité médicale, selon les contrats.

Crédits renégociés et restructurations, statut flou

Lors d’une renégociation de prêt ou d’un rachat de crédit immobilier, la nouvelle opération génère un nouveau contrat d’assurance emprunteur. La dispense de questionnaire s’apprécie au moment de cette nouvelle souscription. Si le capital restant dû après renégociation dépasse 200 000 € par assuré ou si l’échéance dépasse 60 ans, le questionnaire de santé redevient obligatoire, même si l’emprunteur en était dispensé sur son prêt initial. diminué significativement, l’assurance emprunteur peut être renégociée à des conditions plus favorables.

La loi Lemoine suppression questionnaire de santé, une avancée réelle mais circonscrite

La loi Lemoine suppression questionnaire de santé a transformé les conditions d’accès à l’assurance emprunteur pour les profils les plus standards. Jeunes primo-accédants sous 200 000 € remboursés avant 60 ans, anciens malades bénéficiant du droit à l’oubli, emprunteurs voulant changer d’assureur librement : ces catégories y gagnent concrètement. Mais la réforme laisse entier le problème des seniors, des gros emprunts et des malades chroniques. L’assurabilité reste un défi structurel que ni la loi Lemoine ni la convention AERAS ne résolvent pleinement. Le questionnaire de santé n’est pas mort, il s’est redéployé.

Vos questions sur la loi Lemoine et le questionnaire de santé

Peut-on déclarer une maladie intentionnellement après la souscription pour rester couvert ?

Non. Le contrat d’assurance emprunteur couvre les sinistres survenus après la souscription, pas les pathologies préexistantes déclarées après coup. Une déclaration tardive ne crée aucun droit à garantie supplémentaire et n’a aucune valeur contractuelle. L’assureur peut invoquer la clause d’exclusion des affections préexistantes.

Si ma banque me propose toujours un questionnaire depuis juin 2022, puis-je la dénoncer

Oui. Depuis le 1er juin 2022, toute demande d’informations de santé pour un prêt éligible à la dispense constitue une infraction à la loi Lemoine. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, l’ACPR, est l’organisme compétent pour recevoir un signalement. Une réclamation écrite auprès du médiateur de la banque s’impose en premier recours.

Une assurance emprunteur sans questionnaire coûte-t-elle plus cher qu’avant 2022

Pas systématiquement. Le coût dépend du profil de risque mutualisé par l’assureur dans sa gamme. Un profil très sain paie parfois plus dans un contrat mutualisé sans questionnaire que dans un contrat individuel différencié. La comparaison entre offres reste indispensable avant toute souscription d’assurance de prêt immobilier.

Laisser un commentaire